“Fleurette : Le premier amour du jeune roi Henri IV et son histoire passionnée”

Fleurette : premier amour du futur Henri IV âgé de 12 ans
Extrait de “L’Hermite en province, ou Observations sur les mœurs et les usages français au commencement du XIXe siècle” (Tome 1), publié en 1812. 

Fleurette est un nom qui évoque la jeunesse, l’innocence et le romantisme. Cette jeune fille, qui a marqué l’histoire en devenant le premier amour du futur roi Henri IV alors qu’il n’avait que 12 ans, occupe une place unique dans l’imaginaire français. Issue d’un modeste milieu, Fleurette a su séduire le jeune prince par sa beauté, son charme et sa spontanéité. Dans cet article, nous vous invitons à découvrir l’histoire touchante et méconnue de Fleurette, une histoire qui nous transporte dans les dédales du cœur et les méandres de la passion amoureuse au commencement du XVIe siècle en France..

Le Prince du Béarn, Henri futur numéro IV, n’avait pas encore 12 ans lorsque Charles IX vint à  Nérac, à l’été 1565, lors de sa visite à la cour de Navarre. Les quinze jours qu’il y passa furent marqués par des jeux, des fêtes dont le jeune Henri était déjà le plus bel ornement. C’est à cette occasion que le jeune prince rencontra Fleurette, sa première maîtresse et la seule qui lui fut fidèle, avec qui il vécut des émotions auxquelles son précepteur jugea bon de mettre fin… 

Henri IV de France

  En mars 1564, Charles IX de France entreprend un grand tour de France organisé par la reine mère, dans le but de montrer le roi autour de lui et de le présenter à son royaume. Etienne de Jouy nous raconte l’anecdote suivante sur sa visite à la cour de Navarre, et plus précisément sur sa visite à Nérac, du 28 juillet au 1er août 1565.
Charles IX aimait tirer à l’arc ; on voulait lui donner ce divertissement, et l’on pense bien que aucun des courtisans, pas même le duc de Guise, qui excellait pourtant en cet exercice, n’eut la maladresse de se montrer plus habile que le monarque. Henri, que l’on appelait encore Henriot, s’avance, et, du premier coup, enlève, avec sa flèche, l’orange qui servait de but. 

PAGE 111 : BALADE À NERAC "LA ROYALE" ET DANS LA GARENNE OÙ FOLÂTRAIENT  HENRI IV ET FLEURETTE - Mémoire des Hommes de Sainte Livrade sur Lot

Image :Château de Nérac / Nérac castle

Selon la règle du jeu, il veut recommencer et tirer en premier ; Charles s’y oppose et le repousse d’humeur ; Henri recule de quelques pas, arme son arc et dirige sa flèche sur la poitrine de son adversaire : ce dernier se met très rapidement à l’abri derrière le plus grand de ses courtisans, et ordonne qu’on éloigne de sa personne ce dangereux grand-cousin.

 La paix fut faite ; le même jeu recommença le lendemain : Charles trouva un prétexte pour ne pas y assister. Cette fois-ci, le duc de Guise enleva l’orange qu’il coupa en deux ; il n’y en avait pas d’autres. Le jeune prince aperçut une rose sur la poitrine d’une jolie fille qui se trouvait parmi les spectateurs ; il la saisit et courut la placer au but. Le duc tire en premier, et ne l’atteint pas ; Henri, qui lui succède, place son trait au milieu de la fleur, et va la rendre à la jolie villageoise, sans la détacher de la flèche victorieuse qui lui sert de tige.

Le trouble qui se peint sur le charmant visage de cette jeune fille, qu’il embellit encore, est communiqué à celui qui le fait naître, et les doux regards qu’ils échangent furtivement sont les premiers signes de la nouvelle vie qui vient de commencer pour eux. 

Photo à Nérac (47600) : Fleurette et sa légende dans la garenne - Nérac,  17109 Communes.com
Sur le chemin du retour au château, Henri posa des questions à ceux qui l’entouraient ; il apprit que la charmante enfant se nommait Fleurette, qu’elle était la fille du jardinier du château, et qu’elle habitait le petit pavillon situé à l’extrémité du bâtiment des écuries. Dès le lendemain, le jardinage devint la passion d’Henri ; il choisit un terrain de quelques toises à proximité de la fontaine de la Garenne, où il savait que Fleurette se rendait plusieurs fois par jour ; il l’entoura d’un treillis ; il y fit des plantations où il travailla avec d’autant plus d’ardeur qu’il était aidé par le père de Fleurette, et qu’il avait, vingt fois par jour, l’occasion ou le prétexte de la voir.

 Si je devais écrire un roman historique, confie Etienne de Jouy, j’aurais la liberté d’arranger ou d’imaginer une foule de jolis détails ; mais je raconte une anecdote, et je dois me limiter au simple récit des faits principaux. Et notre futur académicien poursuit.
Depuis près d’un mois, Henriot racontait fleurette à Fleurette. Ici, Etienne de Jouy indique que c’est de là que nous vient cette expression figurée pour conter fleurette, dont l’étymologie, précise-t-il, est plus sûre que la majorité de celles que Morin nous donne dans son Dictionnaire. Henriot et Fleurette s’aimaient follement, sans savoir encore ce qu’ils voulaient ; ils l’apprirent un soir à la fontaine. Fleurette y était allée un peu tard ; l’air était pur ; le murmure des eaux, les plaintes du rossignol enchantaient le silence des bois, et la lune éclairait, d’un jour mystérieux, un retrait où la nature est déjà voluptueuse.  


Que s’est-il passé ce soir-là, à la fontaine de la Garenne, entre le petit prince de douze ans et la petite bergère de quatorze ? Il est plus facile de l’imaginer que de le décrire ; tout ce que j’ai pu savoir, écrit Etienne de Jouy, c’est qu’au retour de la fontaine, la bergère avait pris le bras du prince de Béarn, et que celui-ci portait la cruche sur sa tête. Ils se séparèrent à l’entrée du parc ; l’un rentra gaiement au château, l’autre pleurait en regagnant sa modeste demeure. 

Fleurette de Nérac — Wikipédia

Le père de Fleurette n’avait pas remarqué que sa fille, à partir de ce jour-là, se rendait plus tard que d’habitude à la fontaine ; mais le précepteur du jeune prince, le vertueux La Gaucherie, avait observé que son royal élève avait toujours un prétexte pour s’échapper à la même heure, et que, par le plus beau temps du monde, la forme de son chapeau était généralement mouillée. Cette remarque éveilla la vigilance du sage mentor; il suivit le jeune prince à distance, et arriva, à son insu, assez tôt et assez près pour se rendre compte qu’il était arrivé trop tard. Convaincu, comme Fénelon, que la fuite est le seul remède à l’amour, sans autre avertissement, il annonça au jeune prince qu’ils retourneraient le lendemain à Pau, d’où ils partiront pour se rendre à l’entrevue à Bayonne, où la perte des protestants fut décidée.


L’instinct de la gloire, et peut-être celui de l’inconstance, parlait déjà au cœur d’Henri ; ce besoin d’une première séparation, qu’il courut en larmes annoncer à , trouva sans qu’il le sût quelque adoucissement au fond de son âme ; mais comment peindre le désespoir de la naïve et sensible Fleurette ? Dans les derniers moments d’un bonheur prêt à lui échapper, elle entrevoyait tous les maux de l’avenir.

 “Tu me quittes, Henri,” dit la tendre enfant, étranglée de larmes, “tu me quittes, tu m’oublieras, et je n’aurai plus qu’à mourir.” Henri la rassura et lui fit le serment d’un amour éternel, que Fleurette seule devait acquitter : “Vois-tu cette fontaine de la Garenne (lui dit-elle au moment où la cloche du château rappelait Henri, et donnait le signal du départ) ; absente, présente, tu m’y trouveras – toujours là !” ajouta-t-elle avec une expression qu’il n’oublia pas. 

Conter fleurette... - Mes Photos....
Statue de Fleurette, par Daniel Campagne (1896), dans une grotte du parc de la Garenne à Nérac

Les quinze mois qui s’écoulèrent jusqu’au retour d’Henri au château de Nérac avaient développé dans l’âme du jeune héros des vertus incompatibles avec l’innocence des premiers amours, et les demoiselles d’honneur de Catherine de Médicis avaient pris soin d’effacer de sa mémoire l’image de la pauvre petite Fleurette : celle-ci, plus affligée que surprise d’un changement dont sa raison précoce l’avait avertie depuis longtemps, ne lutta pas contre un malheur qu’elle avait prévu et ne pensa qu’à lui échapper.


Elle avait vu plusieurs fois le prince de Béarn se promener dans la Garenne avec Mlle. d’Ayelle, et n’avait pu résister au désir de se mettre un jour sur leurs pas. La vue de Fleurette, rendue encore plus belle par sa tristesse et sa pâleur, réveilla dans le cœur du jeune prince un tendre souvenir : il se rendit, le lendemain matin, chez elle, la trouva seule et lui donna rendez-vous à la fontaine de la Garenne : Je serai là à huit heures, répondit la jeune fille sans lever les yeux de son ouvrage.

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Henri s’éloigna aussitôt ; il attendait, avec amour, que le regard de Fleurette avait ravivé dans son sein, l’heure qui devait la lui rendre. Elle sonna ; il sortit du château par une porte dérobée et traversa les fourrés du bois, de crainte de rencontrer quelqu’un dans les allées. Il arrive à la fontaine ; Fleurette n’apparaît pas ; il attend quelques minutes ; le moindre bruit des feuilles fait trembler son cœur ; il va, vient, s’arrête…, s’approche de la fontaine ; un petit bâton est planté sur l’endroit même où il s’est tant de fois assis près de Fleurette.

C’est une flèche ; il la reconnaît ; la rose fanée y tient encore ; un papier est attaché à la pointe ; il le prend, cherche à le lire ; mais le jour a disparu… Palpitant, inquiet, troublé, il vole de retour au château, ouvre l’avis fatal, et lit ces mots : “Je t’avais dit que tu me trouverais à la fontaine ; peut-être es-tu passé près de moi sans me voir ; retourne et cherche-moi mieux… Tu ne m’aimais plus… il le fallait… Mon Dieu ! Pardonne-moi !”

Henri a deviné le sens de ces mots ; le palais résonne de ses cris : on accourt ; des valets, munis de torches, le suivent jusqu’à la Garenne. Pourquoi s’attarder sur des détails cruels ? Le corps de l’enfant aimante fut retiré du fond du bassin où coulaient les eaux de la fontaine et déposé entre les deux arbres que l’on y voit encore. Les regrets déchirants, la douleur d’Henri, qui demeura du moins fidèle au souvenir de Fleurette, ne peuvent qu’honorer la mémoire d’un prince “né pour servir de modèle à tous les rois par sa bravoure au combat, sa loyauté dans les négociations, sa générosité dans la victoire, ses vastes conceptions dans le cabinet ; par son activité constante, son amour pour son peuple, sa grandeur d’âme, enfin par toutes les qualités qui constituent le plus beau, le plus grand caractère”, écrit de lui Villeneuve-Bargemont dans sa notice sur Nérac. 

Fleurette est la seule des maîtresses de Henri IV qui l’aima comme il méritait d’être aimé, ajoute Etienne de Jouy, la seule qui lui fut fidèle, qu’il pouvait avouer sans rougir ; mais elle ne fut pas présentée ; elle n’avait pas le tabouret chez la reine, elle ne travaillait pas avec les ministres et le confesseur, elle ne donna pas à la France ni des princes bâtards, ni des princes légitimes ; aussi l’histoire ne parle-t-elle pas d’elle.

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